Après les fêtes de fin d’année, un phénomène inquiétant refait toujours surface au Togo. Il s’agit de la hausse des grossesses précoces et non désirées, en particulier chez les adolescentes. les périodes de fin d’année censée être synonyme de joie devient, pour de nombreuses jeunes filles, le point de départ d’un bouleversement brutal. Pour certains acteurs, les fêtes deviennent même “l’excuse parfaite” pour masquer ou minimiser les comportements à risque et les abus.
Les congés de fin d’année apportent leur lot de distractions. D’entre les quelles, on peut citer : cérémonies, soirées, concerts, sorties nocturnes, cadeaux, liberté accrue… Or, ce contexte expose les adolescentes à plusieurs risques. Les relations sexuelles non protégées, la pression de groupes et défis entre jeunes, la consommation d’alcool lors des “réveillons”, les échanges sexuels contre cadeaux ou argent et la présence d’adultes qui profitent de la vulnérabilité des mineures.
Afi1, mère de deux adolescentes à Lomé, résume cette inquiétude parentale : « Chaque année, à la veille des fêtes, j’ai peur pour mes filles. L’ambiance pousse les jeunes à sortir tard, et on ne peut pas toujours tout contrôler. Ce n’est pas normal que des adultes profitent de cette période pour abuser de la naïveté des mineures. Les fêtes ne doivent pas servir d’excuse. »
Quelques mois après janvier, les établissements scolaires et services sociaux constatent une augmentation notable de grossesses déclarées, souvent chez des mineures. Les régions Maritime, Plateaux, Grand Lomé et Kara sont particulièrement touchées.
M. Kossi D., enseignant, confirme ce constat répété chaque année : « C’est après les vacances de décembre que nous recevons le plus de cas de grossesses. Certaines élèves ne reviennent même plus en classe. Beaucoup de ces grossesses auraient pu être évitées si les parents parlaient davantage avec leurs enfants et si les communautés protégeaient vraiment les adolescentes. »
Pour certaines filles, la grossesse est même le révélateur d’un abus sexuel subi durant les festivités, souvent passé sous silence.
« Malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation menées chaque année pendant les fêtes, nous constatons toujours qu’à la rentrée ou quelques mois plus tard plusieurs jeunes filles se retrouvent enceintes. Le problème, c’est que nous ne devons pas attendre uniquement la veille des fêtes pour parler de grossesses précoces et non désirées. Les fêtes, l’alcool, les sorties, les boîtes de nuit… tout cela existe chaque semaine, pas seulement en décembre. Alors qu’est-ce qui change réellement pendant les fêtes pour que les chiffres explosent ? Il faut éduquer les jeunes à comprendre que la fin d’année ne rime pas avec fin du monde. Après la fête, la vie continue et elle durera bien plus longtemps que ces deux jours d’euphorie. »
LANGUIE béléyi koutchouka, Point focal nationale Jeunesse Croix Rouge Togolaise, présidente des jeunes Men Engage Togo
Si décembre augmente les risques, les causes profondes sont plus anciennes :
manque de dialogue parent–enfants sur la sexualité,
éducation sexuelle insuffisante dans les écoles,
pauvreté favorisant les “transactions sexuelles”,
faible accès à la contraception adaptée aux jeunes,
violences basées sur le genre encore trop courantes.
Sandra, 17 ans, témoigne de la pression que subissent certaines adolescentes : « Pendant les fêtes, il y a trop de pression. Les garçons offrent des cadeaux, les amis poussent à sortir, et parfois on se retrouve dans des situations qu’on ne voulait même pas. Beaucoup de filles ont peur de demander de l’aide ou de parler de sexualité. »
Face à la montée des risques, des actions concrètes doivent être menés par les acteurs et à plusieurs niveaux.
Pour les parents :
dialoguer avant les fêtes,
surveiller les sorties,
rappeler les limites et les dangers,
créer un espace de confiance.
Pour les écoles et institutions :
intensifier les campagnes de sensibilisation,
orienter les jeunes vers les services DSSR,
rappeler les mécanismes de protection contre les VBG.
Pour les communautés :
dénoncer les abus,
protéger les adolescentes isolées,
renforcer la surveillance des espaces festifs.
Les ONG, associations de jeunes et de jeunesses ainsi que les institutions internationales et étatiques doivent continuer à jouer leur rôle régalien pour arriver à faire baisser considérablement le pourcentage de ce fléau qui gangrène notre société.
Les grossesses précoces et non désirées ne doivent pas devenir une fatalité saisonnière au Togo. La prévention, l’éducation et la protection doivent être renforcées pour que les fêtes de fin d’année ne soient plus utilisées comme prétexte mais restent un moment de célébration.
Pour des raisons d’anonymat, les prénoms ont été changés↩︎