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dimanche, avril 19, 2026

4 voix féminines pour faire avancer les DSSR/PF : Récits et réalités

En Afrique de l’Ouest, l’accès des adolescents et des jeunes aux services conviviaux de santé sexuelle et reproductive (SSR) demeure un défi majeur. Selon l’UNFPA, moins de 20 % des jeunes filles âgées de 15 à 24 ans utilisent des méthodes contraceptives modernes, tandis que le taux de grossesse précoce reste élevé. Au Togo, près de 18 % des adolescentes de 15 à 19 ans ont déjà commencé leur vie reproductive (EDST III, 2017). Ces chiffres témoignent de la nécessité d’améliorer la disponibilité, l’accessibilité et l’adaptation des services de SSR aux besoins spécifiques des jeunes.

C’est dans ce contexte que quatre jeunes filles et femmes engagées ont accepté de partager leurs récits, leurs défis et leurs recommandations pour un accès plus équitable et convivial aux services de planification familiale (PF) et de DSSR. Leurs voix portent des récits authentiques, marqués par des obstacles personnels, mais aussi par une profonde volonté de contribuer au changement. Leurs témoignages révèlent un besoin urgent de renforcer les services conviviaux de PF dans les établissements de santé, mais aussi dans les écoles, les centres communautaires et les environnements numériques. Elles plaident pour une meilleure éducation à la sexualité, un accompagnement psychologique, et surtout, une écoute sans jugement.

Hamdiath Samata MAYABA : Une voix forte pour les droits sexuels etreproductifs des jeunes

Hamdiath Samata MAYABA
Hamdiath Samata MAYABA

« Je suis Hamdiath Samata MAYABA, activiste militante pour les Droits en Santé Sexuelle et Reproductive, et Présidente nationale du Mouvement d’Action des Jeunes (MAJ) de l’ATBEF.

Pour moi, les services conviviaux en SSR sont des espaces pensés pour les jeunes, où ils peuvent accéder à une information fiable et à des soins adaptés, dans un climat de confiance, de respect, de confidentialité et sans jugement. Ces services incluent des conseils, des informations sur la contraception, la prévention et le traitement des IST, l’accès à l’avortement sécurisé, ainsi que des soins de santé répondant aux besoins spécifiques des adolescents et jeunes.

Mon engagement personnel et militant m’a naturellement conduite vers ces services. J’y suis allée d’abord pour m’informer et prendre soin de moi, mais aussi par conviction pour accompagner et défendre les droits des jeunes, il faut connaître et expérimenter les solutions existantes.

Lors de ma première visite, le personnel a fait preuve d’écoute, de bienveillance et de professionnalisme. Toutefois, la confidentialité n’était pas totalement respectée. Nous étions deux dans la même salle de consultation et il y avait des allers-retours qui me mettaient mal à l’aise.

L’accès à ces services a eu un impact majeur dans ma vie. J’ai gagné en autonomie et en confiance, renforcé mes connaissances en SSR, mieux compris mon état de santé, et pu faire des choix personnels éclairés. Cela m’a aussi donné davantage d’outils pour sensibiliser et accompagner d’autres jeunes, renforçant ainsi ma crédibilité et mon engagement dans mes actions de plaidoyer.

Dans ma localité, les jeunes rencontrent encore de nombreux obstacles : stigmatisation sociale, tabous culturels et religieux, peur du jugement, manque d’information adaptée, difficultés d’accès géographique et financier.

Pour améliorer la situation, je recommande aux prestataires de renforcer l’écoute, le respect et la non-discrimination, d’adapter le langage aux réalités des jeunes, d’offrir plus de flexibilité horaire, et de collaborer avec les organisations de jeunesse. La communauté doit encourager le dialogue intergénérationnel. Les autorités doivent soutenir des politiques publiques inclusives, garantir la gratuité ou la réduction des coûts, et investir dans les services de proximité. Les partenaires doivent continuer à financer les programmes portés par et pour les jeunes, et soutenir le plaidoyer pour un accès universel.

En tant que membre active du MAJ, j’ai coordonné et participé à de nombreuses actions. Campagnes de proximité, causeries éducatives, émissions radio et télé, ateliers de renforcement de capacités, campagnes digitales. Mon objectif reste le même : permettre aux jeunes de faire des choix éclairés, défendre leurs droits, et créer un environnement favorable à leur bien-être. »

Désirée MINLEKIB : Une femme de lien et d’impact au service des populations

Désirée MINLEKIB
Désirée MINLEKIB 

« Je m’appelle Désirée MINLEKIB, gestionnaire de coopération au CICR, mission de Lomé. En tant que jeune, à un moment donné, j’ai ressenti le besoin d’accéder à des informations fiables et claires sur la santé sexuelle et reproductive. C’est à travers des recommandations que j’ai découvert l’ATBEF, dont les centres de jeunes m’ont permis d’approfondir mes connaissances.

Les services conviviaux en SSR sont conçus pour répondre aux besoins spécifiques des jeunes, en tenant compte de leur âge et de leur réalité. Lors de ma première visite à l’ATBEF, j’ai été agréablement surprise par l’accueil chaleureux et respectueux. Contrairement à d’autres centres, les prestataires ne portaient pas de regard accusateur. Je me suis sentie libre de poser mes questions, sans honte ni gêne, dans un climat de confiance et de confidentialité.

Grâce à ces services, j’ai acquis une meilleure connaissance de la santé sexuelle et reproductive, ce qui m’a permis de prendre des décisions plus responsables. J’ai gagné en confiance et en autonomie, au point de vouloir sensibiliser mes pairs à l’importance d’une sexualité responsable. Aujourd’hui même en tant que mère ces connaissances guident mon quotidien.

Cependant, plusieurs obstacles limitent l’accès des jeunes : manque de centres adaptés, absence de prestataires formés à l’approche conviviale, contraintes financières, et surtout manque d’information. Pour améliorer la situation, il faut former les prestataires à l’écoute bienveillante et au non jugement. Les autorités, la communauté et les partenaires doivent créer davantage de centres conviviaux, rendre les services financièrement accessibles, et renforcer la formation des professionnels.

Engagée dans la sensibilisation, j’ai milité au sein du MAJ de l’ATBEF. Nous avons organisé des campagnes dans les écoles, centres de formation, lors de journées dédiées à la jeunesse, et même en porte-à-porte. Ces actions nous ont permis de partager des messages clés sur la SSR, l’éducation sexuelle complète, et les comportements responsables. Ainsi, nous formons une génération plus informée et plus autonome. »

LANGUIE Béléyi : La voix discrète mais ferme du MAJ/ATBEF

LANGUIE Béléyi
LANGUIE Béléyi

« Je suis LANGUIE Béléyi Koutchouka, membre du MAJ/ATBEF et secrétaire de profession. Je sais que tout le monde peut avoir accès aux services conviviaux en SSR, et que tout le processus est confidentiel, du début à la fin. Il n’y a aucun jugement, et le patient peut se faire écouter en toute confiance.

C’est lors des activités de l’ATBEF que j’ai été motivée à chercher ces services. Lors de ma première visite, j’ai reçu un accueil chaleureux. C’est un endroit rassurant où aucun mot n’est tabou, ce qui crée un climat de confiance. Depuis que j’ai eu accès à ces services, je suis plus ouverte aux discussions et je conseille mes amies de s’y rendre lorsqu’elles ont un souci. Toutefois, l’accès reste difficile : les centres sont souvent éloignés, et le coût de certaines prestations est un frein.

Pour répondre aux besoins des jeunes, il serait utile d’organiser davantage de tournées de cliniques mobiles pour rapprocher les services. La communauté, les autorités et les partenaires devraient multiplier les centres d’écoute et les services mobiles.

Avec l’ATBEF, j’ai participé à plusieurs actions de sensibilisation, dans les zones reculées comme à l’Université de Lomé. Nous présentons les services disponibles tout en rassurant sur la confidentialité. »

Eugénie KOTOUTOU : Une voix forte pour une jeunesse consciente et responsable

Eugénie KOTOUTOU
Eugénie KOTOUTOU

« Je m’appelle Eugénie KOTOUTOU, je suis formatrice en Éducation aux Valeurs et à la Santé Sexuelle (E.V.S.S) et je m’intéresse particulièrement aux questions liées à la SSR. Pour moi, les services conviviaux sont ceux qui tiennent compte des besoins spécifiques des jeunes, en leur offrant un environnement sûr, respectueux et accessible. Ils incluent des consultations sur la contraception, la prévention des IST, des conseils, etc. Leur force réside dans leur approche non jugeante, leur confidentialité, et leur capacité à répondre aux préoccupations des jeunes.

Ce qui m’a motivée à rechercher ces services, c’était le besoin personnel de mieux comprendre ma santé sexuelle. Le sujet était souvent tabou autour de moi, ou évoqué de manière floue. Des proches m’ont encouragée à m’informer, et je les en remercie. Lors de ma première visite, j’ai été agréablement surprise par l’accueil professionnel et bienveillant. J’ai été écoutée sans jugement, avec confidentialité, et j’ai pu poser toutes mes questions. Cela m’a mise à l’aise pour aborder des sujets délicats. L’accès à ces services a transformé ma vie. Je me sens plus informée, confiante et capable de prendre des décisions éclairées. J’ai compris l’importance de la prévention, et je me sens responsable de ma santé.

Malheureusement, beaucoup de jeunes restent confrontés à des obstacles : manque d’information adaptée, tabous culturels, peur du jugement, difficulté d’accès géographique et financier.

Il est alors crucial que les prestataires renforcent leur approche inclusive, en garantissant un accueil bienveillant, une écoute sans jugement et une information accessible. Des campagnes de sensibilisation dans les écoles et les communautés sont aussi nécessaires. Le soutien des autorités, des communautés et des partenaires est essentiel. Il faut investir dans l’éducation, adopter des politiques inclusives, et créer des ponts entre écoles, centres de santé et organisations de jeunesse.

En tant que formatrice, j’ai animé des sessions de sensibilisation auprès des jeunes et des parents. Ces actions permettent de briser le silence, d’instaurer la confiance, et de responsabiliser les jeunes sur leur santé. »

Ces voix, pleines de courage et d’espoir, nous rappellent que garantir l’accès des jeunes aux services de santé sexuelle et reproductive et de Planification Familiale, c’est investir dans un avenir plus équitable, plus informé et plus libre.

À travers leur engagement, ces jeunes femmes deviennent elles-mêmes actrices du changement, en brisant les tabous et en sensibilisant leurs pairs.
Leur message est clair : l’accès à l’information, à des services de qualité, et à la dignité est un droit, pas un privilège.

YaKB

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